La défense et les conflits dans le monde

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La défense et les conflits dans le monde

Les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont des difficultés à prendre des décisions unilatérales et à mettre en place des programmes d’action. Lors des conflits qui ont eu lieu en Somalie, en Yougoslavie et au Rwanda, les forces pour le maintien de la paix de l’ONU ont été impliquées dans les bains de sang.

Mission de l’ONU au Rwanda : L’échec historique de l’Onu au Rwanda

Pendant le génocide rwandais, la communauté internationale s’est illustrée par sa passivité. 20 ans plus tard, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, reconnaît que la « honte » ne s’est pas effacée.

Les Nations unies ressentent toujours, 20 ans après le génocide, la « honte » de ne pas avoir empêché les massacres de 1994 au Rwanda. C’est ce qu’a déclaré Ban Ki-moon, lundi 7 avril 2014 à Kigali, lors du lancement des cérémonies officielles de commémoration :

« J’ai rencontré des rescapés du génocide, j’ai écouté leur chagrin. Lorsque j’ai visité pour la première fois le mémorial de Gisozi, j’ai vraiment senti le silence de la mort, le silence de ceux qui sont partis et le silence de la communauté internationale. Nous aurions pu faire mieux, nous aurions dû faire plus encore. »

Une mission mal équipée

Lorsque le génocide commence le 7 avril 1994, l’Onu est présente dans le pays depuis quatre mois avec la Minuar, la mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda.

Mais la mission de paix a un mandat faible. Et les 2.500 Casques bleus, dirigés par le général canadien Roméo Dallaire, sont surtout très mal équipés. Interviewé en 2004 par notre programme à l’occasion de la sortie de son livre-témoignage « J’ai serré la main du diable », Roméo Dallaire dénonce le manque de volonté politique de la communauté internationale, dont l’attention était alors concentrée sur la guerre en Yougoslavie :

« Il y a eu plus de Rwandais de tués, blessés et déplacés en 100 jours qu’en six ans de guerre en Yougoslavie. Moi je ne pouvais pas garder des troupes, on n’arrivait même pas à nous nourrir, et pendant ce temps-là on mettait des milliards dans les troupes en ex-Yougoslavie. »

Erreur d’appréciation fatale

Outre les défaillances de la Minuar, c’est aussi la mauvaise appréciation des événements qui explique l’échec international au Rwanda. Dès janvier 1994, Roméo Dallaire avait tenté de prévenir l’Onu de la préparation de massacres d’envergure. Mais son appel reste ignoré. Au plus fort des massacres, il tentera de nouveau de prévenir son supérieur direct, le chef des opérations de maintien de la paix Kofi Annan…

Mais pour les Nations unies, le Rwanda est en guerre civile, il faut donc donner la priorité à la diplomatie. C’est ce qui ressort des déclarations du secrétaire général de l’Onu, Boutros Boutros-Ghali, lors d’une visite à Bonn, alors capitale allemande, le 13 avril 1994.

La Belgique envisageait alors de retirer son contingent de la Minuar, suite à l’assassinat de 10 soldats :

« Il y a trois options : poursuivre les négociations avec les deux protagonistes de la crise pour obtenir un cessez-le-feu. La deuxième est de retirer toutes nos troupes, étant donné que les Belges veulent retirer les leurs. Et la troisième est de maintenir nos troupes et d’envoyer des renforts pour remplacer les Belges s’ils décident de se retirer. »

Pas d’ingérence

Le 21 avril, le Conseil de sécurité vote une réduction des effectifs de la Minuar à 270 hommes. Les Casques bleus qui restent au Rwanda vont donc assister, impuissants, aux massacres qui continuent en toute impunité. Leur mandat ne leur permet pas d’intervenir, explique Gerd Hankel, spécialiste du Rwanda à l’Institut de recherches sociales de Hambourg :

« À l’époque, les missions de l’Onu étaient des missions de paix. Vouloir sauver ou sauver des gens même menacés de mort revenait à une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays, donc officiellement c’était interdit. »

Après la victoire du FPR en juillet, l’Onu reconnaîtra qu’il y a eu un génocide et mettra rapidement en place un tribunal spécial, le TPIR, pour en juger les responsables.

La Belgique a abandonné le Rwanda

A la veille de la commémoration, le président rwandais Paul Kagamé a une nouvelle fois accusé la Belgique et la France, d’avoir participé au génocide. Quel a été le rôle de Bruxelles pendant et après ce génocide ?

« La Belgique, en retirant ses troupes lors du génocide a abandonné le pays mais Bruxelles a su tirer les leçons de l’histoire et a reconnu ses erreurs » estime Colette Braeckman. Elle est spécialiste de la Région des grands Lacs et auteur du livre : « Rwanda : Histoire d’un génocide » aux éditions fayard en 1994. Elle revient sur le rôle de l’ancien colonisateur au Rwanda.

La situation politique et sociale au Zaïre demeurait, en effet, incertaine, et l’afflux, à partir de la fin de l’année 1994, de 1,5 million de réfugiés rwandais hutu (fuyant la reprise du pouvoir par les Tutsis du Front patriotique rwandais à Kigali en juillet 1994) à la frontière orientale du Zaïre contribue à aggraver les désordres internes.

La situation se dégrade durant l’été 1996, quand l’armée zaïroise et les miliciens hutu, les Interahamwes, qui contrôlaient les camps de réfugiés s’allient contre les Tutsis Banyamulenges. Ces pasteurs guerriers, installés depuis les années 1959 au Kivu, ont eu des cartes pour citoyens les qualifiant comme Zaïrois venus au processus de l’Immigration avec le régime Mobutiste en place et ont combattu au Rwanda dans les rangs du FPR et veulent s’opposer à l’extension des cultures d’exportations sur leurs pâturages ; ils traversent la frontière avec l’armée rwandaise et infligent de sévères défaites à l’armée zaïroise. Les chefs militaires rwandais, notamment le général Paul Kagamé, veut régler la question des camps de réfugiés contrôlés par les responsables du génocide des Tutsis.

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À la mi-octobre 1996, les camps proches de la région de Bukavu subissent les attaques des rebelles tutsis zaïrois (les Banyamulenges) dirigés par un vétéran de la rébellion Muleliste : Laurent-Désiré Kabila, reconverti dans le commerce de l’or et de l’ivoire dans les années 1980.

L’idée était la même comme auparavant même si les congolais voyaient à la tête du pays leur frère dont le plus célèbre est Mzee Laurent Désiré Kabila qui avait détourné leur mission et en finir par la mort.

Durant l’automne 1996, les réfugiés hutus refluent en masse vers le Rwanda. Face à ces déplacements de population se déroulant dans des conditions dramatiques, et après de multiples tergiversations, la communauté internationale n’intervient pas. Partant de la frontière orientale, la rébellion zaïroise, équipée et soutenue logistiquement par le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola, progresse rapidement vers l’ouest, prenant les régions de Goma, Bukavu et Kisangani, ainsi qu’en direction du sud vers les régions minières du Katanga et du Kasaï où les compagnies minières négocient leur soutien à Kabila. Le mouvement, structuré autour de Kabila et de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) progresse très vite, occupant des régions abandonnées par les autorités. L’armée zaïroise, qui, à l’exception de quelques unités d’élites, ne reçoit plus de solde depuis des mois, se retire en pillant les villes sur son passage. Privé des régions utiles du Zaïre, le maréchal Mobutu ne peut réagir.

Après la chute de Kisangani et la destitution de Kengo Wa Dongo, le président Mobutu annonce la constitution d’un « comité de négociations ». Face à ce conflit qui prend peu à peu l’allure d’une guerre civile, dix-sept pays membres du « Mécanisme pour la prévention et la résolution des conflits » de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) organisent un sommet à Lomé en mars 1997. Un plan de paix reposant sur la cessation des hostilités et sur l’ouverture d’un dialogue politique est élaboré, mais il n’est pas appliqué. Sur le terrain, les forces de l’AFDL continuent leur progression en direction de Kinshasa. Parallèlement, les pressions internationales se multiplient, et devant l’aggravation de la situation humanitaire, les médiateurs des Nations unies, des États-Unis et de l’Afrique du Sud parviennent à organiser une rencontre entre Mobutu et Kabila. Elle se déroule le 4 mai 1997 à bord d’un navire sud-africain, mais les deux hommes campent sur leur position.

En mai 1997, les troupes de l’AFDL entrent dans Kinshasa, et Kabila s’autoproclame président de la nouvelle République démocratique du Congo (RDC).

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Mobutu quitte le pays pour se réfugier au Maroc, où il meurt à Rabat la même année.

Concentrant tous les pouvoirs, Laurent-Désiré Kabila se heurte à une forte contestation de la part des anciens opposants à Mobutu, écartés du pouvoir et dont il fait arrêter certains (Tshisekedi est mis en résidence surveillée), ainsi que des anciens mobutistes eux-mêmes. Le régime s’appuie sur les populations de l’est du pays, en particulier le Katanga, région natale de Kabila. Il refuse, par ailleurs, toute enquête de la part de l’ONU sur la disparition d’au moins 200 000 Hutus dans les forêts de l’est du pays, vraisemblablement massacrés par ses alliés rwandais d’alors. Un rapport de l’ONU, publié en 1998, accuse pourtant la RDC et le Rwanda de « crimes contre l’humanité ».

Et chaque fois le Gouvernement rwandais envoi ses troupes sous prétexte de venir traquer les génocidaires des 800 000 personnes sans oublier son parrainage des certains groupes armés et milices et l’instrumentalisation des politiciens congolais jusqu’à les opposer entre eux pendant qu’ils profitent de l’occasion pour exploiter et jouir des ressources du pays, de la province tel les matières premières, le bois… malgré la coupure des aides par certains pays internationaux pour faire diversion.

La confrontation de ces milices entre eux, ne font que la désolation : tuent, volent et violent nos sœurs et mères et ont fait la mort de Cinq millions de personnes en RDC.

L’Union Européenne, les Nations Unies et la Communauté Internationale ne peuvent pas se taire devant cette situation catastrophique.

Le comportement hégémonique des Rwandais qui ont aidé Kabila ne tarde pas à faire resurgir les sentiments nationalistes et anti-tutsis au sein de la population. En juillet 1998, Kabila renvoie plusieurs ministres, dont ceux d’origine rwandaise, et demande aux troupes étrangères ougandaises et rwandaises de quitter le territoire. Peu après, les Tutsis Banyamulenges, qui l’ont aidé à prendre le pouvoir, se soulèvent et menacent de s’emparer de la capitale et du port de Matadi, tandis que le chef de guerre rwandais James Kabare chasse les troupes gouvernementales du Kivu et poursuit ses opérations contre les réfugiés hutus. Kabila demande l’aide du Zimbabwe, du Tchad, de la Namibie, du Soudan, et surtout de l’Angola qui, en sauvant Kinshasa, prend à revers ses propres rebelles de l’UNITA.

En février 1999, la situation se stabilise de part et d’autre de la rive droite de la Lualaba et du Congo jusqu’à la province de l’Équateur. Malgré une tentative de conciliation au Zimbabwe, les belligérants restent sur leurs positions. En revanche, Arthur Z’Ahidi Ngoma, « Coordinateur de la rébellion » depuis 1998, puis Ernest Wamba dia Wamba, les principaux leaders congolais du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le mouvement rebelle, font défection, et l’Ouganda annonce qu’il commence à retirer ses troupes.

En juillet 1999, un cessez-le-feu est conclu à Lusaka (Zambie) par les six États (Angola, Namibie, Zimbabwe, RDC, Rwanda, Ouganda) impliqués dans le conflit, mais l’accord de paix n’est réellement signé que le mois suivant par les mouvements rebelles. Cet accord prévoit notamment le déploiement de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc), forte de 5500 Casques bleus, chargée de vérifier le cessez-le-feu de cette guerre dans laquelle sont engagés plus de 40 000 soldats étrangers. La raison essentielle du conflit étant le contrôle des matières premières (diamants notamment) par groupes rebelles interposés, les belligérants campaient sur leurs positions et, bien qu’alliés, en viennent parfois à s’affronter (combats renouvelés à Kisangani entre Ougandais et Rwandais). Le pillage des régions occupées et le climat de terreur que font régner les troupes d’occupation dans l’est du pays poussent, bien souvent malgré eux, les Congolais à se regrouper derrière le pouvoir de Kinshasa, tandis que l’ONU, dépourvue de moyens coercitifs, hésite à s’engager.Didier AMANI SANGARA

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